Le théâtre au cœur du marché bio

Ce fut ensuite au théâtre de descendre dans la rue et se mêler à cette scène du quotidien. En faisant l’achat d’un sirop d’hysope, d’un plant de lavande vraie ou d’un pain à la farine de châtaigne, on était surpris de voir se former le cercle d’acteurs d’Anima mundi, animé par Renato Giuliani. Il était question de réchauffement climatique, d’agriculture intensive ou de sagesse Hopi. Le marché s’est mué en scène, le théâtre était là, parmi les gens, parfois conviés à lire des textes nourrissants sur une estrade improvisée. De plein pied dans la vie et dans la ville, le théâtre a retrouvé son sens premier, ce matin-là.

Renato Giuliani – Comédien, Anima Mundi

Est-il trop tard pour se « réveiller » ?

« Il y a deux façons d’aborder ce problème : le désespoir ou l’optimisme. Si on s’y met tous, on peut changer et arrêter la course effrénée vers le désastre et commencer à être de vrais êtres humains, conscients et solidaires. »

Avec son spectacle Anima Mundi, Renato Giuliani a choisi d’investir la rue et les lieux de la ville tout au long de l’année pour entrer en dialogue avec les habitants. Cette journée singulière inaugure une longue série de performances artistiques.


Entretien avec Renato Giuliani

« L’avancement de la science n’est rien sans l’avancement des consciences », Albert Einstein

Qu’est-ce que l’Anima mundi ?

L’Anima mundi est un concept assez ancien, développé par le philosophe italien Giordano Bruno qui avait une vision cosmique révolutionnaire. Cela veut dire que la Terre est un être vivant, qu’elle a une âme. Et que les êtres vivants, tout comme les objets apparemment inanimés, contiennent la totalité du monde. Un peu comme un hologramme : chaque partie contient l’image en entier. Cela nous rapproche de la vision du monde des Aborigènes d’Australie, des Indiens d’Amérique, et des Bouddhistes.

Est-ce un plaidoyer écologique ?

Il faut entendre l’écologie au sens de la dynamique des systèmes dont parlait le Club de Rome qui réunissait les plus grands chercheurs du moment. Ils avaient lancé l’alerte dès 1968 sur l’écologie, le développement, l’alimentation, la croissance de la population, les migrations… Ce mouvement avait essayé d’ouvrir les yeux des chefs d’Etat sur la globalité du problème et des solutions à envisager. Pour comprendre et agir, il faut croiser toutes les disciplines, tant scientifiques qu’humanistes. Je m’inscris dans leur mouvement. Il ne faut pas séparer les domaines mais envisager tout un ensemble relié.

Votre pièce a-t-elle pour vocation de dénoncer les problèmes ?

Il faut voir les choses en face. On dirait que l’homme a une vocation innée au suicide. Depuis la naissance de la civilisation, le progrès technologique a porté de grandes avancées. Mais n’étant pas accompagné d’un progrès intérieur, spirituel ou mental, qui puisse préparer les hommes à ces changements, on se retrouve comme des hommes des cavernes possédant la bombe atomique ! Avec la plus grande nonchalance, le développement, la prospérité, les découvertes technologiques s’accompagnent d’empoisonnements industriels et d’un épuisement dramatique des ressources planétaires.

Après ce constat, que peut-on espérer ?

Je suis optimiste. Il ne s’agit pas seulement de sauver la planète : il faut sauver l’homme aussi. J’ai la certitude qu’on peut agir, même si c’est déjà très tard. Et cette action peut être efficace dans la mesure où se sont les individus qui bougent. C’est l’association des individus, avec leurs différences, et non la masse informe, qui fait la force. Je crois à une solidarité où chacun garde sa singularité. Chacun d’entre nous est Anima mundi. Et c’est ce que l’on expérimente dans cette création.

En quoi croyez-vous le plus ?

Je crois dans la beauté, c’est elle qui va sauver le monde.

Ressort-on de cette expérience théâtrale changé ?

La sensibilisation est importante pour le changement. Et selon moi, elle doit passer par l’émotion, le bouche à oreille, le contact. C’est pourquoi j’ai choisi d’interpeler les spectateurs, de les faire entrer dans la ronde. J’aime beaucoup la parabole du Semeur. Avec cette création, on sème des graines qui pourront ressortir plus tard, et donner de belles choses. Si chacun fait une petite chose avec grandeur, alors on peut ensemble faire de grandes choses !

Photos © Gaëlle Simon

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