Vers une acidité record ?

Une équipe de scientifiques de l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer prend le pouls de la Méditerranée depuis quinze ans. Le CO2 est bien le grand responsable du phénomène. Inlassablement, les océans jouent absorbent le CO2, plus d’un quart du gaz à effet de serre relâché dans l’atmosphère. La communauté scientifique sonne l’alarme dans les années cinquante : le scientifique américain Charles Keeling démarre ses mesures à Hawaï. Elles ne font aucun doute. La concentration en dioxyde de carbone augmente. La cause est anthropique. L’homme est devenu une force tellurique engendrant des changements planétaires à une échelle temporelle très courte.

Qu’en est-il aujourd’hui ? « Plusieurs milliers de capteurs de CO2 sont répartis dans tous les océans du globe », précise Frédéric Gazeau, chargé de recherches au Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-Mer (LOV), qui a pris part à la journée scientifique organisée à l’hôtel du Negresco. Les océans sont donc sous haute surveillance. Leur acidification semble inéluctable. Après, tout est question de degré. D’ici la fin du siècle, le PH moyen des océans pourrait tomber de 8 à 7, avec des variations en fonction des scénarios climatiques. « Cela équivaut à une augmentation de l’acidité d’un facteur 10 de la concentration de protons ! C’est un peu comme l’échelle de Richter, on ne peut pas comparer les dégâts engendrés par un séisme de magnitude 8, et un séisme de magnitude 9 ! Une variation de PH de 0,4 unité, entraîne un triplement de l’acidité », précise le chercheur.

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Quelles sont les conséquences pour les organismes marins ? La chimie des océans va s’en trouver bouleversée. « D’ici une centaine d’années, on observerait une diminution de croissance et de développement sur les organismes marins qui utilisent le CO2 pour former de la matière organique, comme les coraux ou les algues calcaires. Les ions carbonates qui sont utilisés par tous les organismes qui forment un squelette ou une coquille en calcaire vont diminuer de 60 % », expose Frédéric Gazeau. Et comme les maux n’arrivent jamais seuls, l’acidification des océans sera combinée à « son jumeau maléfique », le réchauffement, pour constituer un cocktail des plus toxiques.

La prospection et l’étude des changements globaux reposent sur une étude minutieuse des sites partout dans le monde. A la tête de l’équipe « Biodiversité et biogéochimie », Frédéric Gazeau a décidé d’étudier le phénomène de très près en Méditerranée, dans la rade de Villefranche-sur-Mer. Pour cela, il a mis au point, en collaboration avec un laboratoire américain, un laboratoire sous-marin. Avec son équipe, il a positionné un caisson en plexiglass qui emprisonne un volume d’eau de mer autour d’un herbier de posidonies et de sa faune. L’intérêt ? Etudier l’interaction entre les espèces en milieu naturel acidifié, à long terme.

Une sentinelle à suivre avec attention.

Photo © Caroline Audibert

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