Quelle science pour le 21e siècle ?

Chercheur en épistémologie, physique théorique et mathématique, professeur émérite à l’Université Nice Sophia-Antipolis, Jean-Marc Levy-Leblond a entrepris une conférence-fiction pour éclairer la science d’aujourd’hui : « Le recours à des dystopies futures a pour but de les éviter ». Tournons-nous vers l’humanisme !

Le constat de l’épistémologue est celui d’un corps scientifique qui ne questionne pas ses valeurs et s’est laissé aveuglé par la technicité. « Emportées par une technicité de plus en plus poussée, les sciences du XXIe siècle en sont venues à négliger toute réflexion critique. (…) Le renouveau de la science exige sa remise en culture et son ressourcement au fond des arts et des lettres. », énonce le professeur au cours de sa conférence donnée au Théâtre de Nice.

Jean-Marc Levy-Leblond évoque le cas du physicien hongrois Leo Szilard, l’un des premiers à envisager les applications militaires de l’arme nucléaire, participant au projet Manhattan, avant de faire marche arrière, et de promouvoir le désarmement. Le développement de la conférence nous achemine peu à peu vers des horizons politiques. On en vient à questionner la validité du principe démocratique. « Qui décide de notre avenir ? Notre aspiration démocratique est-elle capable de s’étendre sur des domaines sur lesquels nous n’avons pas de prise ? Prenons le cas du nucléaire : jamais il n’y a eu de débat sur le choix du développement de l’industrie nucléaire en France, ni au Sénat, ni dans les débats publics. »

Faudrait-il prendre exemple sur ce tribunal néerlandais qui a imposé à l’Etat d’agir contre le changement climatique (http://reporterre.net/Une-decision-historique-un-tribunal-neerlandais-impose-a-l-Etat-d-agir-contre) ? Les 900 plaignants hollandais ont obtenu gain de cause : la diminution des émissions de gaz à effet de serre, contraignant l’Etat à prendre des mesures immédiates. Un bel exemple de réal-démocratie !

A la fin de la discussion avec le public, Jean-Marc Levy-Leblond exhorte à l’invention de nouvelles voies de débat démocratiques, « en espérant, précise-t-il, qu’il nous reste un peu de temps ».

« Plus nous arrachons de choses à la nature grâce à l’organisation du travail, aux grandes découvertes et inventions, plus nous tombons, semble-t-il, dans l’insécurité de l’existence. Ce n’est pas nous qui dominons les choses, ce sont les choses qui nous dominent. Or cette apparence tient à ce que certains hommes, derrière les choses, dominent d’autres hommes. Nous serons libérés des puissances naturelles que lorsque nous serons libérés de la violence des hommes. » Bertolt Brecht, L’achat du livre

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