Point d’interrogation, Stefano Massini

Stefano Massini a concocté tout spécialement pour l’occasion du Réveillons-nous une pièce futuriste bardée de points d’interrogation. A quoi va ressembler le monde de demain ? Autant vous le confier tout de suite : en trente minutes, le monde qui nous entoure devient obsolète. Il est tout simplement dynamité. Le futur fait irruption dans les grandes largeurs. Tout y passe : les problèmes climatiques se règlent à coup de géo-ingénierie, la sécurité alimentaire est assurée par la suppression de cet acte barbare, celui de « manger ». Dans ce nouveau monde, on prône l’eugénisme préventif, on éradique le malheur pour le dictat du sourire, l’homme augmenté n’est plus un mythe, le transfert de datas a remplacé l’apprentissage ringard administré sur les bancs de l’école… Jusqu’à se brouillent les frontières entre le réel et le virtuel. Jusqu’à ce qu’on perde pied. Caustique, déjantée, hilarante, pleine d’ironie et de pep’s, proche de la science fiction, la pièce de Stefano Massini imaginée pour la jeunesse est une véritable comédie d’investigation.

Sous la direction d’Irina Brook, la bande électrique des Eclaireurs a fait monter la pression ce samedi 28 novembre. Dans la salle Michel Simon, la lecture annoncée s’est transformée en un spectacle survolté, déboulonnant nos repères rivetés à l’ancien monde. L’œuvre incarnée de cet artiste engagé nous arme pour affronter ce moment charnière où se joue des enjeux planétaires.

In fine, le futur reste un point d’interrogation, autant que notre présent, mais le rire est partout. La preuve : la salle est totalement survoltée à la fin de la représentation ! Dynamitage réussi monsieur Massini.

Question numéro 1 :
Existera-t-il un futur ?
Il semble que oui.
Bientôt.
La planète devrait plus ou moins résister.
Malgré tout.
Si on part du principe – comme le fait la science –
que la pollution ne diminuera pas,
il y aura un futur.
Mais la question est comment.
Après la tentative – non réussie –
de protéger la terre de l’homme,
on passe à une nouvelle tactique :
protéger la terre et l’homme… de qui ? Du soleil.
La première hypothèse est de fertiliser un océan :
le remplir d’algues qui retiennent le smog.
Deuxième hypothèse : des miroirs géants pour détourner la lumière du soleil.
Troisième : de colossales installations pour filtrer l’air.
Quatrième : injecter dans l’atmosphère de l’anhydride sulfureux
formant une couche pour protéger de l’effet de serre.
Cinquième – peut-être un peu draconienne – remplir de chaux l’océan Indien, pour réduire l’évaporation.
Sixième : congeler chimiquement l’Antarctique.
Mot d’ordre : bloquer le soleil.
Surchauffe.
Fonte de tous les glaciers.
Températures au-dessus de 40 degrés.
Pluies tropicales. Même au Danemark.
Cyclones. Ouragans. »

Extrait de ?(Point d’interrogation).

Photos © Gaëlle Simon

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