Bien sûr les choses tournent mal

Commente sera la fin ? Demain est-il déjà quelque part, dans ce chaos qui nous traverse ? Sur quelles fictions vivons-nous ? Le chorégraphe Franck Micheletti explore sans détours les tensions de ce moment de basculement. Sur le plateau nu, une femme en rouge énonce un compte à rebours, celui de la fin de notre civilisation. Descente dans le néant. Inéluctable. Pourtant, il y a le sursaut du corps, l’élan de la musique. Très rock, avec ce thème à la guitare qui trace un mouvement dans l’espace. Et dans le corps. Trois danseuses pour un danseur. Le chorégraphe Franck Micheletti aime le déséquilibre des forces. Parce que ça ressemble à la vie. Saccades, ondes, hachures, aspérités, contacts électriques. Colère, plaisir, abattement. Les hommes ne disparaissent pas en silence. Ça résiste, ça pulse, ça vrille. Et de très loin, ça remonte. Une sensualité animale, une énergie martiale. Bien sûr, les choses tournent mal…

Devenir électrons, trajectoires, révoltes

Mais les mouvements du changement s’impriment dans les corps de cette troupe cosmopolite qui parle un langage pluriel, cru, acrobatique, survolté. Pas de retenue. Les corps se sont libérés des carcans. Ils sont électrons, trajectoires, révoltes. Chaque corps devient le segment d’un autre. Géographie de l’existence est anguleuse, traversée de lignes de fuites et de fusions. Sur scène les musiciens bâtissent un monde sonore, rock qui vire à l’électro. L’écriture de Franck Micheletti est somatique, affective, perceptive.

Après un premier tableau d’électricité urbaine, une danseuse revêt une combinaison, comme si l’environnement était devenu toxique, radioactif. Elle est peu à peu assaillie par un univers métallique, anxiogène, dessiné en live à la palette graphique, et projeté sur un écran. La créature est le jouet de son créateur. La couleur arrive pourtant. Est-elle un baume, un ailleurs ? En tous cas une énergie. Le dernier tableau imaginé par le chorégraphe offre l’image d’une poignée de survivants occupés à capter des ondes radios, à chercher un signal. Celui d’une civilisation disparue. Est-on déjà demain ? Est-ce le présent qu’on ausculte ainsi ? Le doute plane. L’énergie du mouvement reste. Et nous irradie.

Photo © Sem Alain

Articles liés